Vers
un mode de transformation plus respectueux de l’environnement
et des attentes des consommateurs.
La logique des économies d’échelle a
poussé les usines de trituration vers un gigantisme
industriel qui ne correspond pas aux attentes du consommateur
plus soucieux de traçabilité, de terroir, et
d’environnement.
L’objectif de cette étude était de proposer
une technologie adaptée à de petites unités
de transformation susceptibles de couvrir les besoins en tourteaux
de quelques cantons en répondant aux attentes suivantes
:
1. Qualité et sécurité des aliments
• Réaliser un tannage thermique permettant de
mieux valoriser les protéines du colza chez les ruminants,
sans recourir au traitement par le formaldéhyde (en
savoir plus)
• Faciliter la traçabilité : les usines
actuelles traitent des quantités de l’ordre de
1000 t/jour. En cas de problème, elles ont la possibilité
de remonter au fournisseur mais la taille des lots étant
de l’ordre de plusieurs milliers de tonnes il ne serait
pas possible de remonter au producteur. De petites usines
traitant 30 t/jour permettraient une traçabilité
beaucoup plus poussée.
2. Développement durable
• Réduire les distances parcourues par les matières
premières : la plupart des usines existantes sont réparties
sur les côtes pour permettre un approvisionnement maritime
ou des exportations d’huile et de tourteau. Les graines
qui sont produites dans les terres doivent être amenées
dans ces usines puis les tourteaux ramenés vers les
élevages. La réduction des frais de transport
peut contrebalancer en partie la perte des économies
d’échelle. Par ailleurs, la réduction
des distances diminue la consommation d’énergie
fossile et le nombre de camions sur la route.
• Réduire les émissions de gaz à
effet de serre. Le mode de production entièrement mécanique
permettrait de réduire la consommation de solvant et
utiliserait moins d’énergie fossile.
3. Développement rural
• Favoriser le développement local : les petites
unités mieux réparties sur le territoire favoriserait
la création de richesse et l’emploi en milieu
rural.
Par ailleurs, il y a une opportunité à développer
l’outil de trituration national alors que la communauté
européenne affiche un objectif ambitieux de développement
des biocarburants sachant que l’huile végétale
est facilement transformable en substitut du gazole.
En
savoir plus
Cahier
des charges
| Matière grasse du tourteau |
Le mode de production retenu doit permettre d’obtenir
des tourteaux à moins de 8 % de matière
grasse pour ne pas perturber le fonctionnement du rumen.
Dès lors que la quantité de matière
grasse alimentaire excède 4-5 % de l’apport,
il y a risque d’acidose ce qui conduit à
une perte de production laitière. |
| Insolubilisation des protéines |
La solubilité des protéines dans la soude
doit passer de 80 à 30 % pour permettre une protection
contre les dégradations dans le rumen. Cette protection
est obtenue par cuisson. |
| Simplicité du procédé |
Un procédé trop complexe nécessiterait
une surveillance constante ce qui alourdirait les charges
de main d’œuvre . Par ailleurs, la complexité
va de pair avec des coûts d’investissement
élevés et des charges d’amortissements
coûteuses. |
| Qualité de l’huile |
A 500 €/t, l’huile représente une
valeur bien supérieure à celle du tourteau.
Il convient donc d’en préserver la qualité
pour ne pas pénaliser le projet |
| Compétitivité |
Le coût de production doit rester compétitif
étant donné que l’huile laissée
dans le tourteau ne peut pas être valorisée
au prix de l’huile extraite et que les procédés
simplifiés ne permettent pas de réduire
la matière grasse du tourteau au niveau des tourteaux
industriels.
Les gains économiques liés à l’amélioration
de la traçabilité étant incertains,
le procédé proposé devra présenter
un coût ne dépassant pas 35€/t. |
Technologies proposées
ACP – Aplatissage, cuisson à haute température
– pression
Il s’agit d’une simple adaptation de la technique
bien connue de la pression unique. La variante introduite
est une cuisson plus poussée que d’ordinaire
en vue de tanner les protéines.
En 2002, des essais avaient montré que la presse Mécanique
Moderne que nous utilisons permet difficilement de réduire
la teneur en matière grasse des tourteaux de colza
en dessous du seuil de 10 % pour un débit de l’ordre
de 300 kg/h (aplatissage ; cuisson d’une heure ; température
entrée presse de 105°C). Pour descendre en dessous
de 8% de MG dans le tourteau, il avait été nécessaire
de réduire le débit à 180 kg/h et augmenter
la température de cuisson à 113°C.
Dans le cadre de cette étude, la cuisson a été
faite dans un cuiseur chauffé à la vapeur 10
bars avec un temps de séjour de 90 mn. Dans ces conditions,
on a observé une très nette amélioration
des performances de la presse avec la possibilité d’obtenir
des tourteaux ayant de l’ordre de 7.5-8% de matière
grasse aussi bien à 250 kg/h qu’à 500
kg/h.
| Bilan matière ACP |
Unités |
Pression |
Matière Sèche (MS) Graine |
% |
92.0 |
Matière grasse (MG) graines |
% MS |
45.6 |
MS tourteau |
% |
96.9 |
MG tourteau |
% MS |
8.5 |
Masse de graines utilisées |
kg |
100 |
Masse d'huile dans la graine |
kg |
42.0 |
Masse de tourteau prévisible |
kg |
56.4 |
Masse d'huile dans le tourteau |
kg |
4.6 |
Masse d'huile prévisionnelle |
kg |
37.4 |
Masse d'eau perdue |
kg |
6.2 |
| Rendement huile |
% |
88.9 |
Lors de la production des 12,5 t de tourteaux destinés
à l’expérimentation animale, cette production
à haut débit a donné un tourteau ayant
3.1 % d’humidité et 8.2 % de matière grasse.
La solubilité des protéines dans la soude était
de 29%.
L’avantage de cette technologie est de fonctionner
avec du matériel classique dont le rendement est amélioré
et, sous réserve de confirmation définitive,
le tourteau obtenu a donné de meilleures performances
zootechniques que le témoin soja et le tourteau PEP.
Ses inconvénients sont la nécessité de
disposer de vapeur 10 bars pour réaliser la cuisson
à haute température et le fait de cuire l’huile
dans les flocons ce qui donne une huile de qualité
inférieure. Des essais complémentaires sont
en cours pour tenter de réduire ce problème.
PEP – Pression à froid, Extrusion, pression
Ce procédé s’inspire des travaux antérieurs
effectués sur le soja. Il n’est pas possible
d’extruder des graines riches en huile pour les préparer
à la pression, aussi est-il nécessaire de les
débarrasser d’une partie de leur huile avant
de les extruder. D’autre part, la pression à
froid est un procédé permettant d’obtenir
une huile d’excellente qualité.
L’extrusion a été effectuée avec
l’extrudeur monovis équipé d’un
arbre de 800 mm et de quatre écluses de diamètres
croissants. La difficulté était de parvenir
à traiter des tourteaux pressés à froid
et de ce fait assez riches en eau. La présence d’eau
tend à limiter la possibilité de monter en température
au cours de l’extrusion.

Schéma du profil de vis de l’extrudeur
| Bilan matière
PEP |
Unités |
Pression |
Seconde
pression |
Global |
Matière Sèche (MS) entrée
|
% |
92.0 |
89.0 |
92.0 |
Matière grasse (MG) entrée
|
% MS |
45.6 |
20.3 |
45.6 |
MS tourteau |
% |
89.0 |
95.0 |
95.0 |
MG tourteau |
% MS |
20.3 |
6.5 |
6.5 |
Masse de produit de départ
|
kg |
100 |
70.5 |
100 |
Masse d'huile dans la graine
|
kg |
42.0 |
12.8 |
42.0 |
Masse de tourteau prévisible
|
kg |
70.5 |
56.3 |
56.3 |
Masse d'huile dans le tourteau
|
kg |
12.8 |
3.5 |
3.5 |
Masse d'huile prévisionnelle
|
kg |
29.2 |
9.3 |
38.5 |
Masse d'eau perdue |
kg |
0.2 |
4.9 |
5.2 |
| Rendement huile |
% |
69.6 |
72.8 |
91.7 |
PEP a permis de produire 12.5 t de tourteaux à 4 %
d’humidité et 5.9 % de matière grasse.
La solubilité finale des protéines est de 24
% alors que sortie extrudeur elle est de 36 %.
La qualité de l’huile de pression à froid
est excellente par contre la qualité de l’huile
de seconde pression est plutôt mauvaise.
PEP a donc été conduit de manière un
peu trop sévère, il aurait été
possible de cuire moins au niveau de l’extrusion ce
qui aurait permis de réduire le coût énergétique
du traitement et peut-être d’améliorer
la qualité de l’huile de seconde pression.
Un travail est en cours pour tester cette hypothèse.
Conclusion
Les deux technologies proposées ont atteint l’objectif
concernant la qualité des tourteaux. Les tourteaux
extrudés semblent un peu moins intéressants
au point de vue zootechnique (à confirmer). Cela peut
être du au fait qu’ils sont un peu trop cuit et
que leur matière grasse est plus facilement libérée
dans le rumen. Néanmoins, leur performance est à
la hauteur de ce qui était attendu.
Au niveau de la mise en œuvre, ACP présente l’avantage
de permettre à investissement équivalent un
débit plus important mais l’inconvénient
d’une huile de moins bonne qualité. D’autre
part la cuisson est faite en utilisant une forme d’énergie
combustible (gaz, fioul, huile) moins coûteuse que l’électricité.
PEP produit plus d’huile mais consomme surtout de l’énergie
électrique. La plus grosse partie de cette huile est
une huile de pression à froid pouvant trouver une plus-value
par rapport aux huiles brutes ordinaires.
Les coûts de trituration sont de l’ordre de 38-42
€/t en tenant compte des frais de stockage des tourteaux,
cela avec un dimensionnement de 8700 t/an en ACP et 5800 t/an
en PEP. Le passage à des unités de taille un
peu plus importante semble nécessaire pour ramener
ces coûts à un niveau plus proche de 35 €/t.
Pour en savoir plus, contactez-nous
ou consultez le
compte-rendu de l'ACTA.

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